Sersou
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L’espicadora par Albert Jarrige

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....Au début du 20 éme siècle, la culture des céréales se développant dans les grandes plaines américaines, apparut une moissonneuse dénommée éspicadora munie d’une barre de coupe de 3.50 m, alors que les barres de coupe des moissonneuses mesuraient 2 ou 2.10m, parfois 2.40m.

Les moissonneuses étaient tirées à trait, les éspicadoras étaient poussées par ces mêmes animaux attelés par 6, (3 de chaque côté du timon) à des palonniers fixés à une barre d’attelage, reliée à une poutre qui allait jusqu’au mécanisme situé à l’avant. Le mécanisme était actionné par une roue porteuse dite roue motrice située au centre de la machine.

Position debout du conducteur.Cette machine était pilotée par un conducteur, debout à l’extrémité arrière de la machine sur une plate forme fixée sur la poutre.
Il était debout avec entre les jambes une planchette de 40 cm. fixée à un arbre, reliée à une roue pivotante qui lui servait à diriger la machine.
Pour tourner, arrivé au bout du champ, les trois animaux de gauche obliquaient à gauche et alignaient la machine dans l’axe du champ.
C’était une opération qui nécessitait un certain dressage de l’attelage.

l'espicadora projetant la céréale coupée dans le charreton.Un élévateur de 3m, situé à gauche de la barre coupeuse, recevait le produit de la coupe et le projetait dans un charreton, véhicule monté sur deux roues, portant une caisse en bois ou en tôle d’une capacité de 12 m3 environ qui une fois pleine allait se déverser à la meule.
Le train de ces véhicules était composé d’un certain nombre d’unités en fonction de l’éloignement de la meule.
Espicatora équipée d'une sache.L’élévateur pouvait être pourvu d’une poche de toile d’une capacité de 2m3, fermée en bas d’une coulisse que le conducteur lâchait à la demande.
Ce système était utilisé lorsque la récolte était clairsemée et maigre, chose assez fréquente au Sersou et couramment pour la moisson de l’avoine avant sa pleine maturité pour éviter l’égrenage.
L ’éspicadora pouvait être également équipée d’un lieur, à la place de l’élévateur, mais ce n’était pas courant. Son mécanisme était actionné par la roue motrice comme pour les moissonneuses lieuses

C’est comme conducteur d’une éspicadora, qu’à l’âge de 14 ans j’ai fait mon entrée dans le monde agricole et j’en étais très fière.

Histoire de la première moissonneuse batteuse arrivée en Algérie en 1924.
Et 6 ans plus tard, je participais à l’avènement de l’arrivée de la première moissonneuse batteuse en Algérie et à ses premiers balbutiements.

C’est une histoire qui vaut d’être contée car cette machine a réellement provoqué une révolution dans l’agriculture mondiale.

Le premier type de moissonneuse–batteuse importé en Algérie a été présenté à Burdeau en 1924 par un agent, Louis Guillem des établissements Louis Billard dont le siège était à Oran.

Cette machine fabriquée à Chicago, U.s.a, par Mac Cormik Dééring devenu plus tard International Harvester , arrivait à Oran en caisses contenant des éléments séparés. Ils étaient assemblés dans les ateliers de la maison par des mécaniciens spécialisés venus de l’usine aidés par ceux de la maison dont le chef était Monsieur Virgile Diebold, déjà spécialiste du montage des moissonneuses lieuses.
Transportée d’Oran à Burdeau, par camion, accompagnée par les mécaniciens d’usine et ceux de la maison d’Oran, elle a été, aussitôt l’attelage mis en place, en état de fonctionner.

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C’était un engin qui paraissait n’avoir subi aucun essaie pratique et réel, sortie d’usine hâtivement, manquant de mise au point, sans moteur auxiliaire, elle était animée comme une moissonneuse lieuse par la roue motrice et graissée de même : Burettes garnies d’huile, alors que certaines pièces devaient tourner à près de mille tours minute : le batteur par exemple.

Elle était tractée par un attelage de 14 ou 16 chevaux ou mulets. Inutile de dire que la synchronisation de l’effort d’un tel attelage était hors de porté du plus habile des meilleurs conducteurs Malgré l’effort déployé par les conducteurs pour discipliner un attelage toujours indocile, l’engin s’arrêtait après avoir exalté quelques hoquets et parcouru quelques mètres. Cette démonstration peu convaincante s’arrêtait là, sous les quolibets des spectateurs venus nombreux de tous les coins de la plaine ! mais pleine d’enseignements pour les ingénieurs et mécaniciens venus de Chicago.

A 20 ans en permission agricole, j’y assistais avec mon frère Jean. Nous sommes reparti bien déçus de cette démonstration ratée, dont nous attendions beaucoup, contrairement à la plupart des spectateurs toujours sceptiques.
Tenant compte de la leçon de l’année précédente, les américains profitant de l’expérience acquise sont revenus l’année suivante en 1925. Comme pour la première, elle a été présentée par des techniciens venus d’usine, dans un champ appartenant à Léon Guillaume, situé en bordure de la route allant de Burdeau à Tiaret, à 5km de Burdeau. Elle avait par sa nouveauté et une propagande comme elle le méritait, attiré tous les colons de la plaine et même d’ailleurs.

Elle était actionnée par un moteur auxiliaire, du type automobile 4 cylindres dit F1, de force appropriée, et chose aussi essentielle, d’un tracteur pour la tirer. C’était un tracteur du type agricole 15-30 H.P. de marque International fonctionnant à l’essence ou au gasoil, d’une puissance suffisante pour remorquer la machine. Après les réglages nécessaires effectués et le tracteur lancé, le tout a démarré, ; Le moteur de la machine embrayé, elle a fonctionné normalement en effectuant plusieurs tours de champ. La preuve était faite qu’elle pouvait rendre les services pour lesquels elle était conçue.

Convaincu de l’intérêt évident que présentait cette machine, mon frère que je suivais comme son ombre, se tournant vers moi me dit à brûle pourpoint :

— Est ce que tu te sens capable de la faire marcher ?

C’était là une question superflue. J’avais 21 ans, libéré depuis un mois de toute obligation militaire et préparé à me mettre en ménage le mois suivant. C’était pour moi un cadeau merveilleux.

La moisson n’étant pas terminée, le lendemain elle tournait dans un de nos champs et commençait une longue association entre nous deux au cours de la saison suivante. Cette association ne fut pas de tout repos. Soumise à un travail intensif, la machine a révélé des faiblesses ou défauts auxquels il a fallu remédier. Le plus important provenait du graissage qui comme il a été dit plus haut était identique à celui des moissonneuse lieuses ou des éspicadoras. Donc l’hiver qui a suivi a été employé à mettre sur tous les axes en mouvement, et ils étaient nombreux ! un type de graissage à pression genre Técalémit ou autre. J’ai préféré adopter le système Lub moins connu que Técalémit mais plus commode d’emploi pour accéder parfois à des endroits difficiles d’accès.
C’était la modification la plus importante. D’autres bien moins , l’ont été dans le même temps.

J’ai bien été aidé dans toutes ces opérations par un mécanicien, Monsieur Diebold, chef mécanicien aux établissement Billard qui avait déjà participé au montage et à la mise en route des quelques mois-bat livrées en 1925 dans le département d’Oran. Monsieur Diebold est rentré à mon service en 1925 jusqu’à sa retraite en 1962. Il m’a rendu durant cette période de grands services par sa compétence en mécanique agricole et un dévouement exemplaire. De plus comme il connaissait tous les acheteurs de mois-bat, j’ai pu par la suite acquérir 4 machines de type identique à celui que nous avions acquis, dont les propriétaires rebutés par les difficultés rencontrées (pannes fréquentes ou terrain accidenté) s’en débarrassaient à des prix dérisoires (Valeur neuve 20.000 fr. revendue au quart de cette valeur). Remises en état de marche, j’ai pu ainsi constituer un parc de mois-bat qui m’a permis de faire de l’entreprise dans de bonnes conditions : soit dans les champs soit à poste fixe.

La démonstration convaincante de 1925, accompagnée de celle du tracteur agricole déjà au point, marque l’entrer de la moissonneuse- batteuse dans l’éventail du matériel agricole moderne s’élargit ainsi que les perspectives de la culture des céréales. La compétition et la concurrence entre les gros constructeurs : Case, Massey Harris, International Harvester et autres s’ouvrit aussi tôt offrant un marché des modèles de plus en plus perfectionnés. Répondant aux besoins de l’agriculture moderne.

Chez International Harvester plusieurs types de machines tractées sortirent successivement, dont la N° 3, qui ne laissèrent pas de trace Jusqu’à la n°41 de 4m20 de coupe donnant de très bons résultats.
Dans les années 50 apparaissent les auto tractées. Il en est arrivée une chez Albert Jarrige, de construction trop légère, elle a été renvoyée après 48 heures d’essai.
L’année suivante suit le type 151, machine robuste et bien au point, qui a marqué la naissance de ce type de machine, remplaçant très vite les modèles tractés. Suit la type coteau s’adaptant aux terrains moyennement accidentés ou celles montées sur chenilles pour les rizières et autres terrains humides. Par leur facilité à se déplacer il est courant de voir à ce jour des convois de machines se déplaçant sur les routes allant du sud au nord de la France suivant la maturité des récoltes.

Autre utilisation de la moissonneuse batteuse.

La mois bat pouvait être utilisée ,soit à la meule en poste fixe une fois la barre de coupe enlevée et remplacée par un engreneur livré par le constructeur, soit dans le champ, tirée par le tracteur suivant les lignes de tas de blé ou d’avoine déposés par l’éspicadora équipée d’une sache poche.
A la meule, mes meilleurs clients étaient les indigènes cultivant les céréales dans les vallées bordant les berges du Naar Ouassel au nord et du Michti au sud du Sersou. Les clients s’échelonnaient sur prés de 50 km. La mobilité du matériel favorisait la fidélité des clients qui étaient de petits producteurs en général. Le règlement du travail était simplifié et facilité par le prélèvement, chaque soir de 1 sac sur dix produit, soit 10 à 12 sacs en moyenne par soir et par machine ; Il y en avait souvent trois qui fonctionnaient simultanément.




4 moissonneuse-batteuses type 41 suivant une auto-tractée détourant le champ de Blé.




Pour la récolte du lin, l’éspicadora est tirée par la remorque à charger.



Un article de Jean Paul Bourdon sur l’espicadora à lire


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