Sersou
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Les lentilles et l’achaba.

... Après avoir tenté diverses cultures, il envisage celle des lentilles. Il constate que, si la productions métropolitaine de lentilles vertes paraissait suffire aux besoins de la consommation locale, la consommation de lentilles blanches nécessitait une importations de plusieurs milliers de tonnes en provenance du Chili sous la dénomination de Large Blonde, correspondant à un diamètre de 7 à 8 mm. A la suite de cette constatation il commandait en 1930, chez Vilmorin à Paris, 5 kilos de cette variété.

En 1931 une première récolte de 70 kilos semés sur un hectare en 1932 donne 900 kilos suffisant pour semer 15 hectares en 1933 dont la production sera à la base de l’extension de cette culture qui, 10 ans plus tard, couvrira
20 000 hectares environ en Algérie, surface à peu peu prés stabilisée jusqu’à l’indépendance. L’intérêt de cette culture est trés évidente, tant par sa complémentarité culturale et financière à celle des céréales, que par sa bonne adaptation au sol et aux conditions climatiques : moins exigeante en eau en tant que culture sarclée et moins sensible aux gelées de printemps. De plus, elle trouve sa place dans l’assolement généralement pratiqué dans la région : jachère nue (préparée), blés, avoine ou orge. en occupant la jachère nue qui nécessite des façons culturales appropriées assez coûteuse et sans rapport immédiat. Semée en lignes espacées de 70 cm environ, le bon entretien de cette culture : binage entre les rangs, désherbage sur la ligne, exige une main-d’œuvre nombreuse dés le début du printemps et plus encore pour sa récolte qui, par la nature de la plante, doit être effectuée rapidement pour éviter l’égrenage, et obligatoirement à la main pour l’arrachage et la mise en botillons ou moyettes. tous les essais de mécanisation les plus poussés permettent seulement d’atténuer l’effort demandé aux arracheurs mais ne peuvent les remplacer ou les supprimer. Les désherbages dans le rang et l’arrachage, seulement possibles à la main, ont un effet bénéfique à l’égard d’une population qui trouve là une source de revenus appréciable. Un hectare nécessite l’emploi, pour le désherbage et l’arrachage, d’un ouvrier de la mi- avril au 15 juillet, les disponibilités en main-d’œuvre locale s’avère très vite insuffisantes. Devant l’extension rapide de cette culture, dés les années 1936-37, il est fait appel aux nomades du Sud venant régulièrement estiver avec leurs troupeaux sur la plaine du Sersou.

Avant la mise en culture de la plaine, les nomades faisaient paître leurs troupeaux sur la végétation spontanée : armoise, thym et graminées ; après sa mise en culture, c’est dans les chaumes de céréales laissés par la moisson. Cette reconversion n’alla pas sans problèmes, assez mal admise au début par les pasteurs qui utilisaient ces parcours depuis des temps anciens. Les saccages par les troupeaux ou les pillages de récoltes sur pieds ou en gerbes occasionnèrent des conflits. Pour remédier à cette situation et normaliser une coutume nécessaire à l’existence des nomades, une commission dite de l’ Achaba (transhumance) est instituée au début de la guerre 14-18. Cette commission composée de représentants civils et militaires du gouvernement et des chefs des tributs concernées, bachaghas ou caïds, se réunit au début du printemps à Laghouats ou à Djelfat pour définir le déroulement de la transhumance au cours de la saison : date d’entrée des troupeaux et cantonnement des tribus dans les zones cultivées, en fonction des dates pour la fin des récoltes et des coutumes habituelles.

Un accord est passé avec les chefs de tribus pour répondre aux besoins nouveaux en main d’œuvre créés par l’extension de la culture des lentilles et définir les modalités d’embauche et de rémunération des travailleurs. Le recrutement s’effectue par contrats passés entre les agriculteurs et les chefs de fraction de tribus (chihs) composées d’environ 15 à 20 familles (arch) comptant de 80 à 100 personnes dont la moitié environ apte au travail, les femmes en constituant la grande majorité avec les jeunes de 14 0 16 ans, les hommes se réservant en général le rôle de surveillant ! Le nombre de travailleurs compris dans la fraction détermine la surface portée sur le contrat, un ouvrier étant supposé arracher un hectare de lentilles dans la période de 20 à 25 jours nécessaires pour effectuer normalement la récolte. Le prix de l’arrachage, toujours fixé forfaitairement à l’hectare, est versé au chef de fraction dont l’autorité est suffisante pour assurer un répartition admise par ses subordonnés. Les contrats passés au printemps, deux ou trois mois avant le début de l’arrachage, sont régulièrement assortis d’avances en espèces représentant 20 à 25 % de leur montant. Certaines années au cours desquelles la rigueur du temps cause la disette dans le Sud, les chefs sont amenés à demander ces avances en grains, principalement au cours de l’hiver. Trés rares sont constatés les dérobades, ou les manquements aux engagement, et le courant de relations que ces pratiques ont créé entre les colons et les nomades ne s’es jamais démenti jusqu’à l’indépendance. La plupart des chefs sont venus avec leur famille chez le même employeurs pendant plus de vingt ans.

La conversion de cette population, n’a pas été sans problème. La récolte des lentilles débutant un mois avant celle des céréales exclut l’accès des troupeaux de moutons dans les parties cultivées ; ceux-ci restant stationnés dans des zones d’attente situées au sud de la plaine, seul les gens et leurs chèvres, indispensables pour leur fournir le lai nécessaire à leur alimentation, peuvent arriver à pied-d’œuvre. Pour atteindre les lieux de travail, les nomades utilisent leur moyen habituel de déplacement : caravane de chameaux trans portant tentes, tapis, ustensiles de cuisine, beurre et dattes ; les femmes et les enfants suivent à pieds tandis que les familles des chefs sont abritées dans les bassours juchés sur les chameaux, le tout formant des défilés pittoresques ! Quelques fois, l’éloignement des brebis, alors que les lentilles arrivent à maturité nécessite des moyens plus rapides d’acheminement. Les employeurs utilisent alors des camions et des camionnettes. Ces convois, chargés de tout le matériel de campement sur lequel sont installées toutes les personnes constituant la tribu ainsi que les chèvres, les chiens et quelques fois les ânes, forme un convoi tout aussi pittoresque ! L’arrachage terminé, les nomades reprennent leur vie habituelle, les femmes allant au glanage sur les parcelles débarrassées des récoltes et les hommes faisant paître leurs moutons sur les chaumes de lentilles et de céréales jusqu’au moment de regagner leurs quartiers d’hiver dans le Sud.


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Les travailleurs locaux, jeunes de 15 à 20 ans, sont plus généralement employés au désherbage, précédent l’arrivée des nomades, ou à la conduite des animaux : chevaux ou mulets, tirant la bineuse menant la largeur de l’entre-rang. Avec la motorisation intervenue dans les années 40, un équipement de bineuse tirées par un tracteur à roue de 15 chevaux mène la largeur correspondant à celle du semoir utilisé, six rangs en général. Les vesces et les coquelicots qui constituent la principale de la végétation spontanée nécessitent un désherbe soigneux. La vesce, en particulier, exige, par son analogie avec la lentille, une attention toute particulière et un coup d’œil exercé.

Les lentilles résistent bien à la sécheresse grâce aux binages : trois ou autre en moyenne, mais les grands vents, principalement le Sirocco, causent parfois des dégâts considérables ; il est arrivé de voir, en une nuit, disparaître une parcelle de 60 hectares dont l’arrachage s’était terminée la veille ! Pour diminuer ce risque, d’important moyens de charrois sont mis en œuvre pour l’enlèvement de la récolte. Pour réduire l’égrenage au moment de la cueillette, il est nécessaire de procéder à l’arrachage avant la maturité complète et un certain délai doit être observé avant la mise en meule pour éviter l’échauffement c’est durant cette période critique que la récolte est exposée aux dégâts du vent.

La fragilité du grain excluant l’utilisation des batteurs à battes tournant à grande vitesse, les Établissements Cabot entreprennent, dés 1936, la construction de batteuses à lentilles spécifiques. A partir d’octobre 1936 ce matériel spécialisé permet d’effectuer d’une façon parfaite la séparation préalable, le nettoyage et le calibrage et désinsectisation des lentilles. Sous l’égide d’Hilaire Furgier, une coopérative de producteurs de lentilles réunissant une quinzaine de membres est créée en 1951, afin de réaliser une usine de capacité suffisante pour traiter la production de la région. Sur les communes de Burdeau-Bourlier et avoisinantes, les surfaces cultivées en lentilles atteignent, dés les années 40, 300 à 400 hectares par exploitations. au cours de la période allant de 1940 à l’indépendance de l’ Algérie, les surfaces cultivées sur la plaine du Sersou oscilleront entre 5 000 et 8 000 hectares. Texte extrait de " Burdeau-Sersou (1905-1962)".

semis des lentilles.
roulage du champ.
binage des pieds de lentilles.

entretient des pieds.
arrachage des pieds
pieds de lentilles prêts à être enlevés.


Batteuse spéciale lentilles crée par les établissements Cabot.

Trieuse, calibreuse de lentilles.


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