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FÊTES ET TRADITIONS

" LE TACOUC des roumis " écrit par Charles Jarrige.

tacouc des roumis ch jarrigeDes grands rassemblements avaient lieu pour certaines fêtes religieuses, (ce n’était pas la religion qui le voulait mais elle en créait l’occasion), républicaines, ou autres du moment qu’elles se situaient au printemps ou au début de l’été. C’était alors toute la population européenne, homme, femmes et enfants qui délaissait le village et se rassemblait sous ces arbres. A SebaÏn ou autour des quelques autres rares sources. Et les arabes disaient alors : Les roumis ont attrapé le tacouc.

Lorsque vient l’été, les taons, ce sont de grosses mouches, se mettent à proliférer autour des troupeaux de vaches et à les piquer aux endroits les plus sensibles. Pour s’en débarrasser, les vaches alors partent au galop, dans tout les sens en levant la queue c’est ce qui est appelé d’un terme pas du tout vétérinaire le tacouc. Et les arabes du village employaient ce terme pour d’un air moqueur désigner cette migration très courte et périodique des roumis vers les points d’eau et d’ombre. Le mot roumi était une déformation du mot romain qui a l’époque de invasion arabe, occupaient ce qui allait devenir, beaucoup plus tard, l’Algérie et qui n’étaient pas musulmans. Tous ceux qui n’étaient pas des musulmans et de provenance européenne étaient des roumis, ou alors des youdi (des juifs).

Et alors une fois installé, c’était les provisions sorties des couffins, les bouteilles de vin mises au frais dans l’eau des sources. Ces provisions n’étaient quelque fois que le complément du méchoui qui cuisait depuis le matin. D’autre fois c’était le matériel et les ingrédients nécessaires à faire la paella. Chaque famille, sur son feu s’appliquait à faire la meilleure paella du jour et à critiquer la façon de faire du voisin. Et les gosses se sentaient tenus à aller goûter à toutes ces paellas. Bien sur toutes ces agapes ne pouvaient commencer que par force anisettes et se terminer par un café, pas d’Oran et une bonne sieste a l’ombre fraîche des arbres la tête lourde des anisettes ou des verres de rosé.
Certains rassemblements se faisaient en l’honneur de la mouna. La mouna est une brioche, dont l’étymologie du mot est aussi discutée que l’étymologie du mot Pieds noir. Comme pour la paella, chaque famille faisait la meilleure, ou plutôt en avait fait la meilleur à la maison.

Il y avait quelque chose dont tout le monde devait se garer, c’était le dessous des nids de cigogne. Tout là-haut les arbres étaient colonisés par les cigognes qui y avaient fait leur nid. Ces points d’eau étaient des lieux de prédilection pour elles, qui trouvaient grassement leur pitance sous forme de grenouilles, de couleuvres dans les herbes et de sauterelles et autres bestioles sur les chaumes voisins. Et bien sur une fois là haut la digestion faite.. . . . ! ! ! C’était conséquent, liquide, blanchâtre et éjecté hors du nid. Tant pis pour ce qui se trouvait dessous ?

Il n’y avait pas que dans ces lieux privilégiés assez proches du village où se voyaient de pareils rassemblements. Certaine fois, des sorties plus familiales se faisait dans les montagnes de l Ouarsenis, au nord ; Et alors lorsque ce n’était pas juger trop loin, c’était la foret des cèdres de Teniet-el- haad sous ses arbres que l’on disait millénaires D’autres fois, des sources dans les montagne du sud étaient choisies. Et plus rarement un point dans la vaste plaine où pacageaient les troupeaux et où même l’eau devait etre amenée, mais là le méchoui etait de rigueur..

C’était le tacouc des roumis.


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